Ionesco Suite, d’Emmanuel Demarcy-Mota

« Le comique étant l’intuition de l’absurde, il me semble plus désespérant que le tragique. Le comique est tragique, et la tragédie de l’homme dérisoire ». Eugène Ionesco a laissé une trace indélébile dans l’histoire du théâtre. Derrière ses pièces se cachent de véritables thématiques sociales et modernes, ainsi que le fondement d’un mouvement: l’absurde.

Même si l’absurde se veut fou et audacieux, il a toute sa tête. Chacun des pièces de l’auteur renvoie à un complexe social, et le tourne en dérision comme un art-thérapie. C’est ce qui a séduit Emmanuel Demarcy-Mota quand il choisit en 2005 de se tourner vers le répertoire de Ionesco. Il monte Rhinocéros sur la scène du théâtre de la Ville. Alors que le théâtre de la Huchette est-et a toujours été- le royaume de Ionesco, la mise en scène de Demarcy-Mota résonne dans la capitale si bien qu’il poursuit ses recherches et s’approprie les autres pièces de l’auteur. Est créé cette même année le spectacle « Ionesco Suite », composé de fragments de divers œuvres d’Eugène Ionesco (Jacques ou la soumission, Délire à deux, La Cantatrice chauve, Exercices de conversation et de diction française et La leçon). Les sept comédiens parcourent les textes, font évoluer leur décor. Le fil conducteur étant ici les rapprochements, éloignements sociaux. Les festivités comme le mariage, l’anniversaire, le repas de famille se jouent autour d’une table, centrale, qui élèvent les personnages dans leurs angoisses, leurs conflits, mais en riant. Rire même si ça fait mal, c’est donc ça le mot d’ordre de Ionesco. Dans une mise en scène innovante, et presque violente et impulsive, les comédiens énoncent le meilleur de Ionesco, pour le plus grand plaisir des oreilles.

La pièce se joue depuis 2011, et trouve refuge au théâtre des Abbesses, entre deux dates à l’étranger, ou ailleurs en France.

Quelques extraits:

« Je vais t’apprendre une chose : je ne suis pas une Abracante, il n’est pas une Abracante, elle n’est pas une Abracante, toi non plus, tu n’es pas une Abracante ! » (Jacques ou la soumission)

« Attention, le couteau tue! » (La leçon)

« ELLE : La vie que tu m’avais promise! Celle que tu me fais! J’ai quitté un mari pour suivre un amant. Le romantisme! Le mari valait dix fois mieux, séducteur! Il ne me contredisait pas, lui, bêtement. LUI : Je ne te contredis pas exprès. Quand tu dis des choses qui ne sont pas vraies, je ne peux pas accepter. J’ai la passion de la vérité. ELLE : Quelle vérité ? Puisque je te dis qu’il n’y a pas de différence. C’est ça la vérité. Il n’y en a pas. Le limaçon, la tortue, c’est la même chose.  » (Délire à deux)

« M. SMiTH : Prenez un cercle, caressez-le, il deviendra vicieux !Mme SMITH : Le maître d’école apprend à lire aux enfants, la chatte allaite ses petits quand ils sont petits.Mme MARTIN : Cependant que la vache nous donne ses queues. » (La Cantatrice Chauve)

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