La Vie d’Adèle, d’Abdellatif Kechiche

Le chef d’oeuvre d’Abdellatif Kechiche est sorti dans les salles il y a moins d’une semaine. Six mois après la palme d’or et le coup de coeur immédiat de Steven Spielberg, retour sur les raisons de ce succès inédit.

“Je suis femme”. Marivaux ouvre le nouveau film d’Abdellatif Kechiche, La Vie d’Adèle, avec La Vie de Marianne. Grande palme d’or de Cannes 2013, le long-métrage s’est fait désirer dans les cinémas depuis le festival. Six mois d’attente, et une ruée vers les salles dès le jour de sa sortie. Plus de 48.000 spectateurs n’ont pas été découragé par les trois heures de film, rien que mercredi dernier.

Trois heures durant lesquelles le réalisateur dépeint la vie d’Adèle (comme son nom l’indique), avec ses joies, ses peines, ses jouissances et ses pleurs. La lycéenne farouche est passionnée par ses cours de littérature, mais ne s’épanouit pas comme les filles de son âge. Jusqu’à ce qu’elle rencontre Emma, cette jeune femme masculine aux cheveux bleus. Et tout s’enchaîne: premier baiser, première relation homosexuelle, premier amour. À travers les chapitres 1 et 2, elle grandit avec Emma, franchit les étapes, jusqu’à la perdre et s’égarer en retour.

Si Abdellatif Kechiche (appelé communément Abdel), qualifié (ironiquement) de “tyran” par ses propres actrices, a voulu que l’on souvienne de lui, alors c’est réussi. La Vie d’Adèle est de ces films qui troublent, qui ne laissent pas le spectateur indemne. Après Cannes, et avant toute sortie en salles, les polémiques autour du film se sont bousculées. Le réalisateur, avec le talent qu’on lui connaît, s’est montré exigent sur le tournage. Le travail acharné a fini par payer. Par ce film, Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos marquent un tournant dans leur carrière. Une révélation au sens propre du terme concernant la jeune protagoniste de 20 ans. “Le défi était de jouer une passion […] Abdel m’a tirée vers le haut… tout le reste c’est des conneries” a confié Adèle aux Inrocks.

Sur Twitter, les réactions déferlent. Au moins, la critique est unanime: le film déboussole. Le spectateur ne semble pas savoir comment réagir face à son voyeurisme involontaire. Alors il regarde, avec retenue, comme s’il n’avait pas été invité à voir ça. Huit minutes de scène d’amour où les sentiments se déchaînent dans sa tête. La dévotion et le chagrin d’Adèle sont palpables. Son regard lointain accroche, obsède. Car au delà du désir, c’est l’amour, le plus profond et entier qu’ Abdel a choisi de représenter. Une histoire à laquelle tout le monde peut s’identifier. Comme si le cinéma n’avait jamais montré l’amour naissant, la passion simple. En ces temps où l’homosexualité est de tous les débats, le réalisateur met le spectateur devant le fait accompli et l’invite à voir, à observer. Le nu se dévoile à l’écran, de manière inédite. Abdel ne triche pas, il montre la chair sans pudeur, le corps féminin sous tous ses angles. Regarder son film, c’est le contempler de la même manière d’un tableau d’Edgar Degas. L’intrusion est intime, silencieuse, pour plonger corps et âme dans la romance.

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