Les Inouïs / catégorie électro / Île de France

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[Définition] Inouïs : que l’on n’a jamais entendu. Extraordinaire, exceptionnel.

Traquer le son de demain, telle est la mission des Inouïs du Printemps de Bourges. En cette nuit de janvier, les talents électroniques de l’Île-de-France se disputent leur place sur l’affiche du festival berruyer.

Comme un créateur de tendances musicales, chaque année, les organisateurs du Printemps de Bourges balayent la France à la recherche du nouveau phénomène. Grâce à leur tremplin historique, rebaptisé les Inouïs deux ans auparavant, des auditions régionales sont organisées afin d’en sélectionner les ambassadeurs pour le grand festival, dont la 38e édition se déroulera du 22 au 27 avril. À l’instar de biens des chanteurs de renom (Jacques Higelin, Zebda ou encore Chinese Man), de nouveaux groupes tentent à leur tour leur chance devant un jury de professionnels. Pour l’île-de-France, véritable fourmilière musicale, la tâche n’est pas des plus minces. Les sélections s’opèrent donc en sous-genres. Et c’est à la vaste composante électronique d’ouvrir le bal.

Un saut dans la ruche
En cette soirée du 15 janvier, les membres du jury posent leurs oreilles à Paris. Alors que la pluie asperge les trottoirs de Paris, quelques curieux se pressent dans l’entre du Nouveau Casino. Un passage sombre et désert mène à la salle. Ambiance feutrée et huppée. Les quelques membres du public déjà présents n’ont pas l’air ici par hasard. Ce soir, quatre groupes vont se succéder. Des professionnels de la musique, tapis dans la pénombre, la joueront incognito pour désigner l’artiste qui aura le privilège de se produire aux Inouïs, à Bourges. À la manière d’un vernissage d’une galerie d’art, chacun se scrute, tentant de démasquer les mystérieux membres de jury.

Puis, sans prévenir, le premier artiste apparaît comme par magie sur scène. À croire le programme de la soirée, il s’agit de Jumo. Du haut de son jeune âge, il pianote sur sa table de mixage avec prudence. Mêlant un visuel audacieux à sa musique, l’artiste jette de temps à autres un coup d’oeil à sa toile pour voir si les images suivent le rythme. Tandis que la salle se remplit doucement, Jumo se risque aux remix, en donnant une allure nonchalante et vivifiante à “Breezeblocks”, le tube d’Alt-J. Sur un set de trente minutes, le jeune homme revisite ses créations, et invite même l’un de ses amis rappeurs à venir mettre une touche hip-hop à son répertoire.

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Le quart d’heure de changement de plateau est très révélateur dans ce genre de soirées. Les groupes d’amis font un débriefing. Chacun chuchote ses impressions à son voisin. Dans le public, de nouvelles têtes font leur apparition. C’est le cas d’un groupe d’adolescents, venu du fin fond de l’Île-de-France pour voir leur ami prendre leur envol. “On vient soutenir Entek, il était au lycée avec nous”, explique Samia, juste 18 ans. “Le Printemps de Bourges, pour lui, c’est comme un passage obligé pour devenir connu”.

Mais avant Mim & Entek, c’est au tour de Prince 85. Ce nom résonne partout sur la toile. Collectionnant les collaborations avec les grands noms du rap français, il a également signé un remix pour Kavinsky et compose avec The Weeknd. Et pourtant, le voilà en lice pour Bourges. La différence avec son prédécesseur s’opère dès l’installation de son décor, qui fait aussi office de matériel. Des claviers-néons s’imposent au milieu de la scène, avec élégance. Et quand le prince se met à jouer, il les fait rugir. Hyperactif derrière ses platines, il offre au public de l’électronique dure et entêtante. Il fait cavalier seul jusqu’à la fin du temps imparti, avant de passer la main au duo pour qui le public est venu en masse.

Quand le fauve sort de la cage
Dj MiM prend les manettes. Le set débute avec une ambiance lounge à la justesse épatante. La salle frémit doucement, quand soudain, un rappeur à l’allure féline surgit dans la lumière. C’est Entek, qui a drainé son lointain public jusqu’au Nouveau Casino. Avec un flow mâché mais percutant, il envahit la scène et épouse avec perfection le beat hip-hop que lui propose Mim. Aux frontières de la trans et de la dubstep, le genre est incontestablement novateur. Seule, l’attitude de bête de scène rappelle étrangement l’énergie propre à Mat Bastard (Skip The Use), lui aussi passé quelques années plus tôt par ces mêmes auditions.

Sans trop tarder le relais est passé au dernier candidat de la soirée. Du hip-hop psychédélique, l’ambiance se mue vers l’obscurité de la bass-music. Le DJ n’est autre qu’un panda, le Dafake Panda, comme son nom l’indique. Arborant fièrement un gros masque de l’animal, l’artiste ne prend pas de gants avec son public et attaque brutalement son set avec un rythme saccadé sur sons froids et métalliques. Au bout de quelques décollages, le panda montre son vrai visage et enchaîne vers un tournant dubstep sans laisser une minute de répit à l’auditoire.

Parvenus au terme de la soirée, les spectateurs n’auront pas le droit au verdict dans l’immédiat. Si certains professionnels paraissent dubitatif, le choix risque de ne pas être aisé. Le public, lui, n’aura pas son mot à dire. Un an auparavant, Fauve s’imposait en maître lors des auditions des Inouïs, pour finir grande révélation de l’année 2013. Et cette victoire a porté ses fruits. Entre le fantasme rêveur de Jumo, le génie créatif de Prince 85, l’énergie indomptable de Mim & Entek et l’envoûtant bazar sonore de Dafake Panda, les univers électroniques se sont affrontés afin de sortir en vainqueur unique au Printemps de Bourges. La route est longue, ce n’est que le début.

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