« Des phonoscènes à Youtube : la musique en clips » – Louvre

Michael Jackson, clip de "Thriller"

Michael Jackson, clip de « Thriller »

Ce vendredi 17 janvier, sous la pyramide du Louvre, les mélomanes s’amassent dans l’auditorium. Au programme ce soir-là : un événement de la série clip/clap, nouveau rendez-vous du musée, mêlant support vidéo, propos théoriques et performances. Efficace. Le public va apprendre des choses, se remémorer des souvenirs et profiter du spectacle.

Aujourd’hui, c’est le clip qui est au cœur des préoccupations. Comme son nom l’indique, la ciné-conférence-concert retrace le passé du clip, de la naissance des phonoscènes à l’univers de Youtube. Pour mener la danse, le Louvre a invité deux professionnels de la musique : Clément Lebrun, aussi bien musicologue que pédagogue dont la grande faculté est de décortiquer l’écriture musicale, et Edouard Fouré Caul-Futy, voix de France Inter, dont la culture musicale est mise au service des publics.

Le clip promotionnel, le scopitone, chef d’oeuvre de la télévision… toutes ces images musicales ont réellement des histoires à raconter. Si certaines se sont imposées comme figure d’un tournant dans l’industrie musicale, d’autres sont presque inconnues du public et frisent le grand art. « Les coups de génie des grands créateurs de clips se produisent souvent lorsqu’ils oublient de se focaliser sur l’interprète en s’attachant davantage à la musique elle-même », explique Edouard Fouré Caul-Futy. En balayant les grands noms du clip (Averty, Gion Mili, Levy, Landis, Gondry ou encore Cunningham), les présentateurs ne suivent pas un fil chronologique, mais plutôt le fil de leurs souvenirs. Si Ravel compose en s’inspirant d’une exposition de tableaux, c’est en réalité Kandinsky qui reprendra sa musique pour peindre une suite de tableaux d’art total présentés au Bauhaus en 1928.

Et puis vint MTV. Avec des transitions des plus étonnantes, les deux protagonistes de la soirée font escale d’abord dans les années 1980. « Billie Jean » (1983) et « Video killed the radio stars » (1979) laissent vite la place à Justice (« Dance ») et les Limousines (« Internet killed the video stars »). Puis finalement, retour sur le scopitone, le jukebox façon vidéo, qui consiste à jouer des clips contre une pièce de monnaie. Vient le clip du concert à emporter, un concept créé à l’initiative de Win Butler d’Arcade Fire, qui réinvente la consommation musicale. La vision de la star et sa construction plastique évoluent aussi à une vitesse folle. Le trucage atteint son apogée. Playback et clichés deviennent une tendance. Selon Jean-Christophe Averty, le trucage se doit d’être vu : « à faire une télévision pour tout le monde, on fait une télévision pour personne ». En effet, le réalisateur du clip devient un métier tout à fait à part du genre cinématographique. Comprendre la musique se trouve être une qualité requise. Pour innover, d’autres moyens sont employés, comme les images d’animation, les clips de promo, au service de la publicité, en distinguant trois niveaux de production : le commanditaire, le musicien et le réalisateur.

La vidéo est également au cœur de la carrière des Beatles, qui, ayant à peine frôlé le sol américain, se sont vus offrir la production d’un film de clips (« Yellow Submarine »). Clément Lebrun et Edouard Fouré Caul-Futy rembobinent soudain pour évoquer les « soundies ». Dans les années 1940, ces ancêtres du scopitone étaient des panoramas de films du genre patriotique. Re-bond en avant pour dénombrer les récompenses de « Rockit », le clip du tube d’Herbie Hancock : 5 prix aux MTV Video Awards. La même année, en 1983, « Thriller » en obtient 3.

Le terme de synchronisation arrive enfin, comme un cheveu sur la soupe, mettant la musique au second plan, derrière une image leader. Le phénomène est illustré par une adaptation de « Carmen » (Bizet) et l’air du Toréador par Gaumont au début du XXe siècle.

Le clip est aussi un moyen d’entendre par l’œil. « L’œil permet de mieux comprendre la structure musicale », explique Clément Lebrun. Il met son idée en exemple avec un clip pour aveugles, soit une musique à programme, dont la narrativité prend le pas sur l’harmonie. Les formats s’enchaînent. Du lipdub au morphing (« Black or White »), pour finir avec les clips qui dérangent et qui font le buzz. C’est sur ce dernier point que la société musicale de 2014 se construit : le clip, loin d’être à son apogée ni tendant vers sa chute, véhicule l’image des artistes et se pose en porte-parole de la musique au public. Noyés parmi les autres, les clips qui réussiront à se faire remarquer entreront dans l’histoire, qui commence à se faire dense. « Nous ne voulions pas faire un clip commercial » dirons certains, comme l’a fait Placebo avant eux. Mais trop tard. La machine du buzz est lancée. Alors que Beyoncé sort en surprise un album de clips, Miley Cyrus illustre ses morceaux en se balançant nue sur une boule de destruction massive (et bat des records de vues sur Youtube). Une réflexion intéressante, inachevée, qui donne à l’esprit l’occasion de s’attarder au rapport à l’image et à ses attentes de consommateur en matière de musique.

The Buggles – « Video killed the radio star »:

Arcade Fire invente le concert à emporter :

Serge Gainsbourg – Melody Nelson

George Pal – Philips Broadcast:

Herbie Hancock – « Rockit »:

Michal Levy – « Giants Step »:

Pharrell Williams – « Happy »:

Fragson – « Ana qu’est ce que t’attends? »:

Michael Jackson – « Black or White »:

Aphex Twin – « Come to Daddy »:

Sylvie Vartan – « Est ce que tu le sais ? »:

Gorillaz – « Clint Eastwood »:

Aha – « Take on me »:

Daft Punk – « Harder Better Faster Stronger »:

Les prochains rendez-vous Clip/Clap au Louvre 
 
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