« Pelléas et Mélisande », de Claude Debussy @ Opéra Comique

L’Opéra Comique est un petit joyau. Il surgit dans l’obscurité entre deux ruelles au moment où l’on s’y attend le moins. Puis, il hante les rêves comme un fantasme culturel, dans lequel l’oeil pourrait apercevoir la lumière de sa scène. Et un jour, le miracle se produit. Me voilà nichée en haut du pigeonnier, non loin du lustre art déco qui orne le plafond et des décors rococo en cupidon. Au plus près des étoiles. J’ai même une vue imprenable sur les souliers vernis du chef d’orchestre.

Quand la lumière s’éteint et que les trois coups retentissent, les lucarnes bleues des loges restent en veilleuses, comme si les ouvreuses guettaient la porte au dehors. La salle, souvent pleine à craquer, n’a pas bouger d’un iota avec les années. Le public a même vieilli avec elle. Cent ans, c’est exactement le temps qui s’est écoulé depuis que Debussy a composé Pelléas et Mélisande. Et l’oeuvre non plus n’a pas pris une ride. En fait, je suis l’élément le plus neuf de la soirée.

La pièce peut paraître contemporaine, au regard des classiques de l’Opéra, quand même bien ils sont adaptés à la sauce moderne. « Pelléas et Mélisande » est emblématique dans l’histoire de l’Opéra Comique. Si elle s’est vu naître dans ce temple du spectacle vivant, elle renaît encore plus merveilleuse à chaque représentation. Mélisande, interprétée par Karen Yourc’h et ses longs cheveux roux, offre une prestation épatante. Elle incarne le personnage jusque les traits de son visage et dans la justesse de sa voix. Le choeur, le réputé Accentus, est dissimulé mais est présent dans l’ombre, soutenant les ambiances musicales menées par l’Orchestre des Champs Elysées, dirigé lui-même par Louis Langrée. Les décors incarnent parfaitement le château d’Allemonde : perdu entre forêt et mers, siégeant sur un rocher. Le donjon n’est autre qu’un phare qui s’illumine.

L’amour entre Pelléas et Mélisande est une évidence. Dès le début de la pièce, Golaud le sait et n’en démordra pas. Cependant, ce sont ses soupçons qui vont jeter les deux amants dans les bras l’un de l’autre, au sens propre comme au figuré. Ses illusions le poussent jusqu’à commettre le crime ultime. Si bien que la très vieille grand-mère à mes côtés s’écrient : « il tue son frère ! Oh ! Il tue son frère! ». Et Mélisande se meurt en silence.  Avec des valeurs intemporelles, une beauté du texte de par sa simplicité extrême, la pièce de Debussy épouse le théâtre de l’Opéra Comique dans ses moindres recoins, comme si le récit nous était raconté intimement, en tout humilité.

La salle est pleine, la lumière se baisse. Il ne reste alors que les petites lucarnes bleues des portes des loges qui scintillent.

La salle est pleine, la lumière se baisse. Il ne reste alors que les petites lucarnes bleues des portes des loges qui scintillent.

Le lustre est l'objet de tous les fantasmes. Sans aucun doute.

Le lustre est l’objet de tous les fantasmes. Sans aucun doute.

Le hall du 1er étage : mélange subtile entre le prestige de l'Opéra Garnier et la lumière de la Galerie des Glaces à Versailles.

Le hall du 1er étage : mélange subtile entre le prestige de l’Opéra Garnier et la lumière de la Galerie des Glaces à Versailles.

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