Quand l’art ouvre le dialogue

Non loin de la capitale, une petite galerie associative, nommée l’AGART, rassemble, trois fois par ans, deux artistes d’horizons différents afin de s’exposer ensemble, durant quelques semaines. Jusqu’au 26 avril, le sculpteur Osman Dinç et le peintre André Guenoun s’y rencontrent.

Les sculptures, en bois et en acier, côtoient les peintures à l'encre acrylique.

Les sculptures, en bois et en acier, côtoient les peintures à l’encre acrylique.

À plus de cent kilomètres de Paris, les galeries d’art contemporain se font rares. L’AGART, une association de galeristes passionnés, s’est implantée il y 13 ans sur Amilly, une commune de l’est du Loiret. Le maire, mordu d’art contemporain sous toutes ses formes, permet, grâce à de généreuses subventions, à la galerie de vivre et de concevoir trois expositions temporaires par an. Première de l’année 2014 : une mise en lumière sur deux artistes que presque tout oppose. L’exposition prend place place jusqu’au 26 avril sous l’intitulé “Les jeux de l’eau et du miel”. Sous la forme d’un parallélisme pensé et étudié, les œuvres d’un peintre, André Guenoun, et d’un sculpteur, Osman Dinç, se mélangent.

Et pourtant, rien ne les destinait à exposer ensemble. L’un exploite l’encre acrylique sur toile, l’autre travaille le bois et l’acier pour bâtir des volumes. Le premier est d’origine algérienne, le second est turc. Sylvie Turpin, commissaire de l’exposition, a pris la décision artistique de les réunir sur le même lieu et d’articuler leurs travaux pour faire sens aux visiteurs. Et la connexion est immédiate. La sélection des œuvres ainsi réalisée renvoie à un art presque primitif, aux couleurs chaudes, qui rappelle indéniablement le continent africain. Une multitude d’arabesques orientales arborent les toiles de Guenoun et les sculptures brutes de Dinç font écho à l’artisanat colonial. « Les deux artistes ne se connaissaient pas avant, mais mis ensemble, leurs travaux dialoguent », constate Joëla Larvoir, médiatrice culturelle en charge de la galerie. Disposées de façon hasardeuse dans la galerie, les sculptures se mêlent aux peintures.

Osman Dinç recouvre ses sculptures d'acier de poudre de plomb : elles paraissent ainsi imposantes et intriguent le regard du visiteur.

Osman Dinç recouvre ses sculptures d’acier de poudre de plomb : elles paraissent ainsi imposantes et intriguent le regard du visiteur.

Le mariage de l’eau et du miel
Les peintures de Guenoun, à l’encre opaque, reproduisent des formes de moucharabieh en reprenant les couleurs chaudes presque exotiques. De son côté, les mobiles de Dinç renvoient au puritanisme africain, aux objets ethniques du quotidien, voire dans certains cas, à des objets mortuaires. Comme l’indique le titre de l’exposition, l’eau possède son propre rôle dans les sculptures. Si Osman Dinç la transforme et la fait siéger au cœur de ses œuvres, André Guenoun lui trouve également une place de choix. « J’utilise l’encre pour ses vertus liquides : je laisse couler, comme l’eau », indique-t-il. L’idée du miel est plus subtile. Ce matériau peut commun se niche dans une des pièces de l’exposition. Un bol en bois, saupoudré de poudre de plomb, répond au nom intriguant de « La cire est la sueur de l’abeille ». Comme toutes les œuvres d’Osman Dinç, l’acte artistique n’est rien sans l’explication scientifique. « Le miel provient en réalité de la transpiration de l’abdomen, chez l’abeille », se plait-il à expliquer. Chez le peintre, l’approche scientifique est également omniprésente. Avant d’être artiste, André Guenoun était dentiste. Alors, dans ses tableaux, il représente inconsciemment des chromosomes ou des… dents. Mais, chaque allusion au réel ne serait que fortuite.

Aux portes du contemporain
Car pour les deux artistes, l’abstraction est mûrement réfléchie. « Nous sommes les anciens des contemporains », témoignent les deux protagonistes de l’exposition. André Guenoun avoue même avoir eu du mal à quitter le figuratif pendant quelques temps. Puis, il s’est laissé porter par ses lignes. « C’est la pratique mentale qui m’intéresse dans la peinture », constate-t-il. Il utilise le pinceau comme un guide autonome, de la même façon qu’Osman Dinç laisse parler le rudimentaire de ses objets. Pour eux, c’est la performance avant toute signification de l’œuvre. Quand le sculpteur tord une louche pour y déposer un peu d’eau, certains y voient là un bénitier, un objet d’artisanat, ou encore un lac. Mais les interprétations de chacun importent peu. Les artistes livrent les œuvres, clés en main, aux visiteurs, dans les règles de l’art contemporain. Selon eux, cet art naît de « l’artiste, qui est sensible à la société dans laquelle il vit », qui créé avec son temps, tout en y échappant. Actuel, éternel et universel. C’est donc ça que prodiguent ces contemporains du genre, à travers leurs pièces énigmatiques, qui, mises bout à bout, raconteraient presque une histoire. Cette histoire, crée entièrement par l’AGART d’Amilly, n’est en faite qu’une rencontre, entre des artistes d’une même génération, qui ont vu naître les concepts contemporains et qui en ont pris possession. Si une vague d’exotisme et d’ambiance africaine resurgit le plus souvent dans l’esprit des visiteurs, dans l’intuition des artistes, il n’en était peut-être rien. Et la réponse ne se trouve pas dans les œuvres.

Les sculptures sont disposées de manière hasardeuse dans la Galerie, tandis que les peintures se répondent, de mur en mur.

Les sculptures sont disposées de manière hasardeuse dans la Galerie, tandis que les peintures se répondent, de mur en mur.

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