Mika Vainio, « Konstellaatio » VS Actress, « Ghettoville » : Spatiale ou terrienne, l’ambient qui transporte

 

Le challenge de l’ambient, c’est de pousser toujours plus loin les frontières de la musique. En 2014, deux albums, deux versants du genre, ont fait leur apparition chez les disquaires. Du côté le plus brutal, Actress, avec son très mécanique « Ghettoville », et de l’autre, plus lunaire, Mika Vainio, avec l’atmosphérique « Konstellaatio ».

Sur les chemins sinueux de la musique électronique se cache l’ambient. Courant dissident pour certains, songe divin pour d’autres, ce que Brian Eno introduit dans les années 1980 avec ses musiques d’aéroport poursuit sa route. En 2014, deux artistes ont posé une nouvelle brique sur ce mur du son, déjà bancal et mystérieux. À l’ouest, le britannique Actress est redescendu de son nuage brumeux pour ancrer ses deux pieds sur Terre : il a quitté « Hazyvville » (son premier disque, paru en 2008) pour poser ses valises à « Ghettoville », dans les bacs depuis le 27 janvier 2014. À l’est, Mika Vainio, moitié de Pan Sonic, n’a pas changé ses habitudes : celui qui produit des albums à la vitesse de l’éclair met à présent au monde « Konstellaatio » (janvier 2014) et reste dans le flou intersidéral qui le caractérise. À eux deux, ils posent de nouveaux jalons, certes ambivalents, mais plus assumés, de ce qu’est la musique ambient du 21e siècle. Décryptage.

La pochette d'album de "Konstellaatio" de Mika Vainio

La pochette d’album de « Konstellaatio » de Mika Vainio

Décollage vers l’inconnu

Un album d’ambient ne s’écoute pas comme un album de pop. Sur « Konstellaatio », Mika Vainio créé une fiction angoissante, un récit de voyage dans l’espace semé d’embuches. L’auditeur se retrouve propulsé en pleine galaxie, dès l’ouverture nommée « Otava », ayant pour seul repère les battements de son cœur résonnant parmi les harmonies perdues dans l’immensité. Autre ambiance chez Actress, plus carcérale, introduite avec « Forgiven ». Le décor se construit autour de sons industriels, cadencés machinalement et masquant une mélodie étouffée, seule éclaircie du paysage. Puis, les histoires contées par les deux producteurs électroniques prennent des directions différentes. Tandis que Actress effectue une épopée vertigineuse, une sorte de va-et-vient déconstruit entre le calme et la tempête, Mika Vainio fait grimper la tension, exprimant un danger palpable à l’approche d’une planète inconnue, sur « Neutronit ». Dès « Talvipäiva, Vanha Motelli », les signaux sont brouillés et tout devient flou, jusqu’à ce qu’apparaissent, sur la dernière piste intitulée « Takaisin », les premiers indices d’un retour imminent sur la Terre ferme.

La pochette de l'album "Ghettoville" d'Actress

La pochette de l’album « Ghettoville » d’Actress

Dans les dédales d’un univers en ruine

Si l’hyper-actif Mika Vainio signe là encore une expérience complète et homogène, Actress, lui, s’aventure dans des atmosphères tortueuses et disparates. Il hésite et expérimente, offrant parfois une peau neuve à un son hip-hop, comme sur « Corner » et « Rule », mais aussi colorant une minimale quasi-dansante, en intercalant des mélodies novatrices (« Birdcage »). Actress rejoint l’univers de Vainio qu’à partir de « Time », laissant ses samples en suspens, pour entrer sur un espace déconstruit et instable, notamment sur « Towers ». Ne tenant pas en place, Actress repart en quête de nouvelles esthétiques sur « Gaze », morceau le plus house du disque, qui rappellerait presque les sonorités de la French Touch, avant de s’achever sagement avec « Grey Over Blue ».

Deux approches, deux voyages

Les deux producteurs électroniques n’ont pas la même manière d’aborder l’ambient music. Si l’un (Mika Vainio) reste fidèle aux procédés narratifs et aériens du genre, l’autre (Actress) fait un tour d’horizon des différentes variations de la techno et s’égare un peu avant de poser ses bagages dans une ambient excessive et schizophrène, oscillant entre le glacial et la jubilation. Si ces deux productions prennent racines dans la même ère et qu’elles sont signées par des artistes confirmés, elles témoignent d’une divergence entre les approches possibles de l’ambient music. Alors que les puristes comme Mika Vainio s’attachent à errer dans les cadres de l’apesanteur, les plus aventureux, comme Actress, poussent encore plus loin les limites électroniques, effaçant le terrain pré-établi et recréant un monde confus, où tout se mêle et se brouille. Si elle semble farfelue au premier abord, la corrélation entre ces deux versants de l’ambient est révélatrice : à travers leurs albums, Mika Vainio et Actress mettent les voiles pour un voyage apocalyptique, porteur d’une expérience aussi sensorielle qu’introspective, et dont la destination promet de ne pas laisser l’auditeur indemne.

 

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