La danse comme sauvagerie des corps

Pour une dizaine de dates, Wim Vandekeybus a posé ses valises au théâtre de la Ville pour présenter sa pièce « Booty Looting », conçue dans le cadre de la Biennale de Venise 2012. Le chorégraphe prouve une fois de plus qu’il créé en dehors des cadres, dans un univers artistique contemporain dans lequel les limites n’existent pas.

Rêve délirant ou plutôt cauchemar séduisant, « Booty Looting » est une invitation à l’expérience primitive. Vingt-huitième création de Win Vandekeybus, la pièce pioche ses fondements dans tous les arts de prédilection de l’artiste. La danse, le cinéma, représenté par des citations de Henri-Georges Clouzot, mais aussi l’actrice Birgit Walter, au cœur du propos, mais aussi la photographie, qui entre en interaction permanente avec les danseurs, le théâtre, qui articule les différentes scènes, ou encore la musique, interprétée en live par l’artiste Elko Blijweert.
Wim Vandekeybus explore la sauvagerie humaine en reprenant une série de happenings artistiques qui l’ont inspiré. Les coyotes de Joseph Beuys donnent le change au mythe de Médée revisitée, sur le récit de la vie fantasmagorique de Birgit Walter. Le chorégraphe offre au public une place de choix. Il le questionne puis le provoque, naviguant dans une mise en scène extrême et sans limites. D’une hilarité déconcertante au drame angoissant, la pièce donne à voir le pillage d’un butin, comme son nom l’indique, dans lequel le butin se trouve être la famille et la danse n’est que l’expression du chaos.

Contorsion et danse extrême
Les quatre danseurs se retrouvent cobayes de l’expérience, à la fois victimes et manipulateurs, prêts à se soumettre à tous les défis lancés par le maître de cérémonie, Jerry Killick. Dépassant à chaque fois les barrières pré-établies, les corps se contorsionnent jusqu’à la douleur, se jettent, s’entrechoquent, s’interceptent et s’affrontent. La danse, rappelant à certains instants les pratiques possédées de Mary Wigman, redonne aux danseurs leurs états sauvages. Sur la mise en scène théâtrale, la danse apparaît quand la folie gagne du terrain, quand les corps sont usés par la douleur, quand le texte et les cris ne suffisent plus. Dans la précipitation, les mouvements se répètent et s’accentuent, comme si le temps était compté avant la catastrophe. Et quelle catastrophe. Il s’agira d’une chute familiale dans laquelle une photocopieuse joue l’arme du crime et la cruauté s’exprime par des cris.

Liberté et oppression
Wim Vandekeybus met au monde ici une pièce des plus complexes, mettant au centre la destruction familiale, incarnée par l’omniprésence de la mort, puis de la résurrection, mais aussi de l’amour, celui qui est interdit et qui déchire. Dans « Booty Looting », tout va vite, tout s’oppresse et pourtant, la quête de liberté se fait sentir. Danseurs galopant sur des chevaux en carton ou sillonnant la scène avec des allures de cowboy, les artistes entrainent le public dans ce bouillonnement, aussi artistique qu’humain, jusqu’à le kidnapper dans son orgie scénique.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s