Immersion dans un festival anglais : le cas Parklife

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De l’autre côté de la Manche, les mélomanes français ont tendance à regarder la programmation des festivals britanniques avec un regard aguiché. Des têtes d’affiche qui sembleraient inaccessibles pour l’Hexagone, des teasers aux airs de Coachella, des taux de fréquentation dingues… l’expérience promet d’être inédite.

The Big Weekend, Reading & Leeds, Glastonbury… ou encore Parklife, près de la ville de Manchester. Ce dernier a la particularité de programmer une grande majorité d’artistes du cru, des anglais, qui rayonnent fièrement au delà des frontières du Royaume-Uni. Pour cette édition 2014, les samedi et dimanche 7 et 8 juin, le Parklife a accueilli 70 000 personnes par jour. Les organisateurs ont installé neuf scènes, à raison de neuf programmation (d’une dizaine d’artistes à chaque fois). En bref, colossal.

À l’achat des billets, une navette aller-retour est vivement conseillée, le festival se déroulant de 11h à 23h. Pour la navette et l’entrée, il faut compter environ 80 euros.

 

Parés, billets en poche, mode jogging activé. Go dans la folie Parklife. Au point de rendez-vous, dans le centre-ville, les vieux bus à double étage se pressent et se remplissent à la vitesse de l’éclair. Le public ? Des jeunes, entre 20 et 25 ans, bottes en caoutchouc pour tout le monde. Débardeur aguicheur et mini jupe pour les filles, short et marcel pour les mecs. Le dress-code permet aussi tout maquillage, fleurs, chapeau exubérant, ou autres lunettes de soleil. Pour rentrer sur le site, pas de fouilles poussées, le principe ici, c’est l’honnêteté. Des petites boîtes proposent d’y glisser sans honte la drogue que l’on emmène avant d’être interceptée par les vigiles. Pourquoi pas.

Un pied dans l’univers Parklife, les différentes scènes s’offrent au festivalier, chacun son design, son sponsor, et son espace. Le parc est immense. Pour rentabiliser ses concerts, mieux vaut s’organiser un poil pour être sûrs de ne pas louper les artistes que l’on veut voir, car avec 9 programmations, beaucoup de performances se chevauchent. Mais…pour le line-up, il faut compter 6 pounds ! La suite se trouve également onéreuse : 4 pounds la bière, idem pour le burger. À ce prix là, dur dur d’atteindre un état d’ébriété.. Les anglais ont trouvé une parade. C’est la drogue. Des dealers passent d’ailleurs parmi les festivaliers pour vendre des petites doses de MDMA à sniffer, ou plus pour les plus aventureux. Chacun son petit flacon écoute les concerts et sniffe à sa guise en dansant en même temps. Pratique, non? Les moins équipés feront ça sur n’importe quoi : un bout de plastique, un mouchoir en papier, tout en étant debout. Quand ça devient trop banal, certains cherchent même d’autres substances, pour plus d’expériences. L’hélium est de la party : on gonfle un ballon, et on se le passe parmi ses potes pour respirer un peu dedans. Puis on le laisse filer dans l’air : c’est joli, c’est drôle et les effets sont assez sympas, paraît-il. D’autres drogues dures sont également présentes sur le festival. Et quand on regarde le sol, on se dit que « présentes » n’est pas exactement le bon terme. « Omniprésentes » plutôt. Des sortes de seringues gisent dans la boue, à perte de vue.

Quant aux anglais, certains français ne vous le diront jamais assez : « ils seront toujours plus bourrés que toi ». Pour le coup, pour faire connaissance avec leur voisin de concert, ils ne demanderont pas l’heure, ils ne demanderont pas votre prénom. Non. Un simple : « Hey, are you alright? » introduira la conversation. La suite se déroulera naturellement.

Pendant les concerts, pas de surprise : tandis que les têtes d’affiche font terrain comble, les artistes les plus émergents ne rempliront pas un quart du chapiteau. Globalement, ils sont peu à faire le déplacement pour voir leur idole. La fête et l’expérience sont beaucoup plus au cœur des préoccupations des anglais en matière de festivals. Ils sont également peu à se jeter les uns sur les autres pendant les concerts, ils écoutent passivement ou timidement, en adoptant un mode presque introspectif ou solitaire. Surprise aussi, quand le chanteur de Foals se dit qu’il se jetterait bien la foule pour faire un slam. Le public prend peur et s’écarte. Si bien que la rockstar est repêchée avant de s’éclater dans la boue. Dernière divergence notable : l’ovation à la fin des morceaux, ou à la fin des concerts. Les anglais congratulent peu l’artiste qu’ils viennent de voir et d’écouter. Ou alors, une fois correctement, mais après c’est tout. Il ne faut pas non plus abuser.

Le Parklife reste une expérience exceptionnelle car il se déroule de jour. Le jeune qui entre dans l’arène se croit un peu au paradis : attractions de parc d’attraction, drogues, musique, soleil, bars à oxygène, malbouffe, et espaces. Entre deux concerts, il est bienvenu de s’allonger dans l’herbe et piquer un petit somm’. Il est aussi tout à fait bien vu de s’accorder une pause pipi, à trois ou à quatre dans une cabine WC. Après tout, il faut être efficace, car ils sont des dizaines à attendre la place au dehors.

Quand la nuit tombe, le Parklife redevient calme, la foule regagne les navettes. Les terrains prennent des airs de champs de mine dévastés par la fête, et la nostalgie gagne les festivaliers. En deux jours, ils étaient chez eux, tout leur était permis. Le retour à la réalité promet d’être brutal. Jusqu’à l’année prochaine.

 

En bref

Le + : l’organisation, au poil, surtout quand il s’agit de gérer les flux de 70 000 personnes. Chapeau!

Le – : Le coût de la vie, sur place.

Liste des artistes vus : Clean Bandit, Ella Eyre, Ida Engberg, Mano le Though, Totally Enormous Extinct Dinosaurs, Unabombers, Pusha T, DJ Koze, George Fitzgerald, Warpaint, Jon Hopkins, Sam Smith, Erol Alkan B2B Daniel Avery, Jamie XX, Public Enemy, SBTRKT, Bastille, Foals, Moderat, Disclosure

 

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