Les aéroports, pourquoi ça nous fascine ?

Ces grandes gares à échelle aérienne ne laissent personne indifférent. Gigantesques, complexes et lunaires, elles provoquent des impressions plutôt étranges sur le commun des mortels. Décryptage.

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Ce ne sont pas les amoureux de voyage qui nous diront le contraire : les aéroports, c’est assez magique. Zone de transit entre ici et ailleurs, on y part, on y arrive, toujours grâce ou à cause de raisons primordiales qui régissent notre vie. C’est parfois le lieu de circonstance à l’aube d’un break dépaysant, pour marquer un changement radical de vie ou l’endroit idéal de retrouvailles chaleureuses. Terminal 1 ou Terminal 2, en somme, il s’y passe des choses plutôt extraordinaires.

Une œuvre d’art à l’impact émotionnel

Les architectes, les penseurs, les philosophes ont poussé loin ce concept d’aéroport. Car oui, cette gare aérienne n’est rien d’autre qu’un concept, imaginé de toutes pièces comme étant un véritable cocon qui enjolive l’émotion du voyage dès l’entrée dans le dépose minute ou la station de RER. Mieux que de diffuser de l’opium dans sa climatisation, ces têtes pensantes derrière ces no man’s land de bitume ont tenté de recréer un monde de bisounours. L’un d’eux, l’architecte-designer finlandais Eero Saarinen, qui a conçu l’aéroport Kennedy de NY, a également signé la fameuse « chaise tulipe », un joyau du mobilier, totalement moderne, révolutionnaire et insolemment rêveur pour l’époque. Dans un autre genre, l’une des fiertés françaises, Paul Andreu, polytechnicien et décorateur à la Comédie Française à ses heures perdues, a dessiné de nombreux aéroports à travers le monde, comme Shanghai, d’Abou Dabi ou encore de Paris-Roissy-Charles-de-Gaulle.

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Un monde des possibles

Un aéroport a beau être un bâtiment de trafic de passagers, il ne donne pas lieu aux mêmes bousculades et agitations qu’une vulgaire gare. Le moindre individu pressant le pas a l’air suspect, alors qu’en pleine gare du Nord, celui qui traînerait la patte se ferait piétiner en un rien de temps. À la cadence d’un film de Woody Allen, dans un aéroport, le monde prend une couleur pastel et les voyageurs attrapent leur vol à la vitesse d’une tortue. Même dans un aéroport national, l’exotisme s’installe dès la ligne de l’espace Shenghen une fois franchie. « Toutes les destinations du monde ont l’air à porter de main », s’émerveille Florent, qui prend moins de deux fois par an. Question langage, bien avant d’embarquer déjà, plus personne n’a l’air de se comprendre. Les moyens de communication redeviennent primaires, la conscience s’évapore et ne reviendra à elle qu’à la première turbulence. La musique, quant à elle, a longtemps été en accord avec ce concept vaporeux. Confié aux compositeurs de musique de genre « ambient », comme Brian Eno, elle s’est vue retirée progressivement des établissements pour laisser la place à un brouhaha mélodieux, laissant les passants plus éveillés et à l’écoute des diverses annonces.
« Il y a trop d’émotion dans un aéroport. J’avoue que c’est parfois irrationnel, mais je ne peux pas m’empêcher d’y être émue », constate Alizée. Cette émotion efficace, presque garantie à un prix discount, c’est un marché qui n’a pas échappé à France Télévisions, en 2011, lorsque le réseau public monte son émission « Hello Goodbye ». Le journaliste Pierre Méhu-Didier s’installe alors un aéroport et saisit les histoires des personnes qu’ils croisent. Celles qui s’en vont, celles qui attendent des passagers qui arrivent… Une aubaine pour France 2 qui s’est empressée d’émettre le programme le samedi après-midi afin de faire pleurer ses téléspectateurs devant un parfait reality show.

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Là où le temps se perd

Si la société en a fait un concept de magie, c’est pour mieux dissimuler les formalités souvent soporifiques et éternelles des aéroports. C’est vrai : on ne monte pas dans un Boeing comme on attrape un métro au vol. Alors que pour certains, l’aéroport est synonyme de vacances, pour d’autres, il peut être l’équivalent de… routine. Au lieu de prendre son métro, son RER, ou son train chaque matin, ils sont nombreux à se rendre sur leur lieu de travail en avion. C’est le cas de Jean-Marc, 47 ans, qui a des dizaines de réunion aux quatre coins de l’Europe tous les mois. « Je comprends que ça soit un monde à part. Mais pour mes collègues et moi, c’est un lieu pratique avant tout. Je ne ressens plus ce sentiment d’euphorie que je pouvais avoir les premières fois que j’ai pris l’avion », constate-t-il. Prendre un avion, ça prend du temps et ça se planifie. S’enregistrer, passer la douane, embarquer… toutes ces étapes sont – il faut l’avouer – rébarbatives et interminables. Si bien qu’enfin assis dans l’avion, on a l’impression d’être déjà en jet-lag.
Que ça soit à cause du concept d’aéroport poussé à l’extrême ou de ce temps si précieux perdu quelque part
entre le Bagage drop et le Duty Free, dans un aéroport, on est toujours à côté de ses pompes. Drogué par le xanax ingurgité pendant le vol ou bien démaquillée par les larmes qui ont coulé chaudement lors des séparations avec ses proches avant l’enregistrement, l’individu a toujours mauvaise mine dans un aéroport. Mais, dans cet espace en dehors du temps, tout est pardonné. C’est aussi parce que cette gare du ciel se comporte comme un potentiel dernier lieu de vie. Et oui. On ne peut jamais savoir si l’avion arrivera à bon port. Auquel cas, il faudrait alors rendre ces derniers instants les plus fantastiques possibles.

L’aéroport est aussi un lieu de passage, une vitrine d’un pays pour les voyageurs en transit. Et le flux d’individus ne cessent de croître dans ces lieux atypiques. En 2012, les aéroports français ont accueilli plus de 162 millions de passagers venant de partout dans le monde. Mélange de cultures, destins qui se croisent… « Tôt le matin comme tard le soir, il y a une vie dans les couloirs d’un aéroport », raconte Aurélie, férue de voyages. Les heures changent d’une montre à l’autre, les destinations se confrontent d’une piste à l’autre, les histoires changent d’une valise à l’autre. C’est pour cette raison que la fascination est le sentiment le plus commun lors de l’entrée dans l’aéroport. Chacun se réinvente, et réinvente la vie de ceux qu’il croise. Comme une balade intemporelle dans l’apesanteur, pendant laquelle plus rien ne compte, sauf la destination.

Anaïs Rambaud

Les Chiffres des Principaux Aéroports Européens - Infographie d'Expedia

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