L’amour, nouveau produit de l’ère digital

Rencontrer quelqu’un en 2014 n’a plus rien à voir avec les rencontres d’antan. À une époque où l’on fait nos courses et l’on partage ses données personnelles via Internet, il est de plus en plus courant d’y trouver… son âme sœur.

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Il est partout, cet amour virtuel qui vous tend les bras dès que vous franchissez les frontières du monde global d’internet. Pour la génération Y (20-30 ans), hyper-connectée, la drague 2.0 s’impose comme évidente, et presque, dans certains cas, naturelle. Comme si les techniques ancestrales du baise-main ou de l’invitation au bal de promo ne faisaient plus parties du vocabulaire. Les cyber-rencontres sont en plein boom depuis l’explosion du net, mais également depuis que le schéma de la construction traditionnelle de la vie n’est plus forcément au programme.
Relations intenses et furtives, partenaires décomplexés et indépendants, voilà les nouvelles propriétés de l’amour – peut-être pas celui avec un grand A – mais de l’amour quand même.

La fin du « rateau »
Internet, c’est comme un bouclier. Une interface qui permet de ne jamais se prendre un mur sentimental. Dans d’autres termes, le risque est minimisé quand un internaute décide de se jeter à l’eau et d’aborder l’autre. « On tente des choses que l’on n’aurait jamais tenté dans la vraie vie », explique Thomas, 19 ans. « On se sent même pousser des ailes. Jamais je n’aurai réussi à aborder cette fille en dehors de Facebook », renchérit Robin, l’un de ses amis. Car l’approche n’est pas directe. Sur les réseaux sociaux, elle se concrétise petit à petit, par étapes. L’ajout à ses amis, le like, le commentaire, la conversation, puis, enfin, la rencontre en chair et en os. Sur les sites de rencontres, tout est organisé pour que le premier contact se déroule au mieux : soit, après que les individus aient témoigné qu’ils se plaisent. Et à partir de là, on se sent quand même plus rassuré.

Un shopping minutieux
La drague sur le net, c’est aussi une façon de ne pas perdre son temps : trouver efficacement quelqu’un qui nous plaît potentiellement, et envisager le « plus si affinités ». Davantage filtrées qu’une banale soirées de célibataires, les interfaces comme Meetic ou AdopteUnMec proposent à leurs utilisateurs de sélectionner des critères afin de mieux cibler le style de chacun. Brune, blonde, grand aux yeux verts, musclé au look sportif… en bref, le choix est rentabilisé dès le départ. Encore faut-il opter pour la bonne interface. Alors que Tinder a développé toute une clientèle d’histoires sans lendemain, AdopteUnMec serait le site des âmes sœurs, de ceux qui cherchent l’homme ou la femme de leur vie. Juliette, la trentaine passée, a craqué, après une longue période de célibat. Elle s’est inscrite sur AdopteUnMec et a très rapidement fait la connaissance de Simon. Quatre ans plus tard, ils sont encore ensemble. « Tout correspondait, sauf l’âge. Il a dix ans de moins que moi. Je le savais dès le départ, mais j’ai quand même accepté de tenter ma chance avec lui », témoigne Juliette. Et les relations naissent aussi sur Tinder. « J’enchaînais les coups d’un soir via l’application, puis un jour, je suis tombée sur Maxime. Il était parfait, et coup de bol, lui aussi cherchait à se poser », raconte Lise. Dans les faits, tandis que Tinder, qui reprend les méthodes de speed dating, se base essentiellement sur le physique, AdopteUnMec met en corrélation les intérêts et passions de chacun.

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Un célibat actif, plus jamais désespéré
Depuis l’émergence de ces nouveaux modèles de rencontres, le célibat n’est plus une tare. Le célibataire d’une bande d’amis n’est plus le vilain petit canard. C’est même souvent lui le plus actif sentimentalement parlant. Être seul n’est plus une conséquence mais un choix. « N’importe qui peut se trouver un +1 avec un peu de bonne volonté », constate Paul, addict à la cyber-drague. « Je ne vais plus au cinéma seul, j’ai des rencards chaque semaine, et sinon, je fréquente Tinder rien que pour me faire du bien, pour booster mon égo », avoue-t-il. Récemment, France 4 diffusait un documentaire sur le phénomène. Réalisé par les journalistes France Ortelli et Thomas Bornot, Love Me Tinder décortique les comportements humains, de l’application à la vie réelle. « Tu grilles les étapes […] t’as même pas rencontré la personne que l’histoire est déjà finie », s’étonne France Ortelli.

Et, quand un couple vogue face à la vague grimpante de l’amour 2.0, il faut savoir rester à la surface sans boire la tasse. « Aurélien et moi, lorsque l’on s’est inscrit sur Facebook, on était déjà ensemble. On a choisi d’un commun accord de ne pas s’ajouter en ami, pour ne pas créer des conflits de jalousie inutiles. Et quand je vois ce qui se passe dans les couples de notre entourage, je me dis qu’on a vraiment bien fait », déclare Charlotte.

L’amour, un marché qui rapporte
Si les sites de rencontres ou autres réseaux sociaux ont bouleversé la vie de tous les célibataires, ils ont aussi contribué à l’émergence d’un nouveau marché, qui rapporte de plus en plus gros à ses investisseurs chaque année. Si, il y a quelques temps, l’amour se chiffrait grâce aux budgets de mariage (à hauteur, en moyenne, de 13 000 euros, en France), aux coachs en divorce, ou encore à l’achat de bagues de fiançailles, à présent, le business du sentiment tient davantage à la mise en place de ces réalités virtuelles qui créent des relations d’abord fictives pour devenir vraies. En termes de statistiques, Meetic a vu son chiffre d’utilisateurs grimper en flèche (+30%) en 2009, année marquée par la crise économique, ce qui lui a valu une hausse de 23% de son chiffre d’affaires par rapport à l’année précédente. Les sites se sont battis avec des principes marketing dignes des plus grandes entreprises, faisant de l’amour un produit phare, vendu sous toutes ses facettes afin d’être au mieux exploité. « Internet a introduit les principes les plus basiques du capitalisme dans les relations amoureuses », confirme Pascal Lardellier, auteur de l’ouvrage Réseaux du coeur.

Si ceux qui traînent encore la patte à s’inscrire existent, ils se font de plus en plus rares. Il y a les sceptiques, les conservateurs de la drague spontanée, les timides, ceux qui ne se disent pas désespérés au point de s’y mettre, ceux qui n’ont pas le temps, ceux qui n’ont pas internet, ou encore, ceux qui ont peur de mal tomber. Pour tous les autres, l’amour est peut-être au bout du clic.

INFOGRAPHIE D’ADOPTEUNMEC :

adopteunmec

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