Les musiciens classiques, des amateurs très professionnels

Ils sont virtuoses, reconnus comme tel, et pourtant, ils sont des dizaines à rechercher activement un emploi valorisant chaque année. Une demande nettement supérieure à l’offre, c’est l’état du marché de la musique classique, sur lequel les instrumentistes évoluent d’orchestre en orchestre, à la recherche d’une stabilité professionnelle.

Apprendre le violon chaque mercredi après-midi après l’école n’est plus seulement un hobby. Cette activité s’est rapidement transformée en vocation, jusqu’à devenir une raison de vivre, et avec de la chance, un métier. C’est le cas des musiciens classiques, comme il en sort diplômés par dizaines chaque année du CNSM (Conservatoire National Supérieur de Musique). Harpistes, percussionnistes, altistes, flûtistes, trompettistes,… ils sont alors nombreux à se bousculer devant la porte des orchestres prestigieux de France ou d’ailleurs, dans l’espoir de pouvoir s’épanouir au sein d’un ensemble administrativement cadré. En termes de chiffres, les musiciens classiques représentent plus de 25 000 musiciens dans l’Hexagone, dont une très petite minorité est salariée d’un orchestre. En 2011, une étude rapportait même le salaire moyen que rapportait la profession : alors qu’un tuttiste peut espérer gagner 2 899 euros brut par mois, un soliste atteint la somme de 3 007 euros brut, et un chef de pupitre, 3 211 euros brut. Masse plutôt masculine et jeune (en moyenne moins de 35 ans), les virtuoses du pays se disputent ainsi les près de 2 000 postes vacants qui circulent entre les 36 orchestres reconnus. Un turn-over favorable au réseau social, mais qui crée une précarité notable.

L'Orchestre symphonique Région Centre. Crédits photo : Gérard Proust

L’Orchestre régional Orléans-Tours. Crédits photo : Gérard Proust

Une formation qui filtre
Pour atteindre l’entonnoir des 2 000 postes, il n’y a pas de secret : le musicien doit gravir les échelons de l’instrument, de conservatoire en conservatoire, jusqu’à parvenir à l’entrée du CNSM, ce grand bâtiment gris prestigieux de la Porte de Pantin, duquel on entend s’échapper des mélodies de toute part. Un tiers des étudiants en sortiront diplômés nationalement au concours, à chaque promotion. L’avenir ensuite est tout tracé : en raison du très peu de postes disponibles – 80 se libérant tous les ans en moyenne -, les musiciens se rendent alors très mobiles, disponibles à toute opportunité, l’amour de la musique l’emportant sur tout ou presque.

Un chômage aux contours flous
S’ils sont peu nombreux à avoir la chance d’être salarié de grands orchestres, certains restent longtemps (voir tout le temps) sur leur statut d’intermittent. Selon ce dernier, une aide est versée aux artistes dans la mesure où ils ont travaillé durant 507 heures (ou perçus 43 cachets) durant les 319 derniers jours. Cette indemnisation rend la situation de chômage compromise, bien qu’elle n’anéantisse pas l’insécurité financière et la précarité. « En fait, plus t’es bon, plus tu trouves de contrats », avoue Jérôme, violoniste qui ne vit que sur les différents spectacles qu’on lui commande. « Cela demande beaucoup d’entraînement personnel, en parallèle de l’entretien de son réseau, afin d’obtenir plus de contrats… en somme, c’est un boulot à temps complet ! ».

L’amateurisme d’excellence
Apprendre un instrument de musique est le loisir de bon nombre de français. Selon une étude parue dans la Lettre d’information du Ministère de la Culture en avril 2000, ils sont en réalité cinq millions de plus de 15 ans à s’exercer chaque jour ou chaque semaine à la musique, et 68% de la population française a déjà pratiqué cet art ou souhaiter le pratiquer (BVA, 2006). Sur ce panel, un très mince échantillon sort du lot pour devenir les meilleurs. Mais, malgré l’activité en orchestre, pour beaucoup de musiciens, la diversification de la pratique est devenue nécessaire. En dehors de la multiplication des sources de revenus, l’exercice de leur métier se trouve dans le travail quotidien, de même sorte qu’un employé se rend au bureau tous les jours. Les musiciens choisissent alors de rester dans leur domaine : 28% d’entre eux suivent des stages et poursuivent leur apprentissage à travers des cours particuliers ; 45% ont une activité dans d’autres ensembles musicaux plus petits ; 60% jouent dans au moins deux orchestres : et enfin 61% enseignent eux-mêmes la musique aux amateurs. Et l’activité en vogue qui tend à se développer de plus en plus chez les musiciens classiques reste la médiation culturelle. En d’autres termes, la sensibilisation à la musique classique par le biais d’ateliers aux publics les plus éloignés de cette culture, qualifiée souvent d’ « élitiste ».

Exercer sa passion en tant que professionnel a un prix. Précarité, travail incessant, activités diverses, mobilité au point de mettre en péril la vie privée… Les musiciens classiques le savent dès l’entrée au conservatoire. Mais, quand ils sont questionnés à ce sujet, ils n’échangeraient ça pour rien au monde. Pour ne pas faire basculer leur virtuosité du côté de l’amateurisme, ils se renouvellent. En professeur, médiateur culturel, multi-instrumentiste. Ils s’attachent à rendre leur art accessible aux autres, dans une démarche de démocratisation qui profite aussi au Ministère de la culture. En guise de preuve, les récentes études montrent que la situation du secteur s’est nettement améliorée ces dernières années. Et puis, il faut bien avouer qu’entre amateurs et professionnels, les musiciens classiques restent officiellement des passionnés.

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