XChange, le monde des possibles

Conférence d'ouverture d'XChange, sur les marchés internationaux de la musique. De gauche à droite : Vitor Belho, programmateur du Womex (World Music Expo), Romuald Requena, programmateur du IOMMA (Indian Ocean Music Market) et Sonya Mazumdar, programmateur d’XChange. Crédits : Earthsync

Conférence d’ouverture d’XChange, sur les marchés internationaux de la musique. De gauche à droite : Vitor Belho, programmateur du Womex (World Music Expo), Romuald Requena, programmateur du IOMMA (Indian Ocean Music Market) et Sonya Mazumdar, programmateur d’XChange. Crédits : Earthsync

Là où les frontières n’existent plus, il y a XChange. Grande réunion annuelle des acteurs culturels, faiseurs de rêve du monde entier. Musiciens, managers, tourneurs, journalistes, … tous s’y retrouvent, le temps d’un week-end en Inde, pour échanger, partager, et créer les opportunités.

À la fin du mois de novembre, Chennai, capitale de l’Etat du Tamil Nadu, en Inde, devient une sorte de carrefour mondial. Venant de l’autre bout de la planète, les professionnels de la musique, du film, des médias, arrivent par dizaine. Depuis quatre ans, le festival XChange investit un des plus beaux hôtels de la ville pour proposer concerts, conférences, workshops et surtout permettre des rencontres. Un moment d’ouverture sur les ambitions de chacun, que l’on soit indien, français, irlandais, britannique, australien ou encore chinois. Ce format de festival, inédit en Inde, a été pensé et façonné par les membres d’EarthSync, entreprise de la musique, des médias et du spectacle vivant, qui s’est imposée sur le marché indien il y a quelques années.

Le festival XChange est né de la rencontre de l’équipe d’EarthSync avec des acteurs européens, notamment des professionnels de la musique, issus de la Région Centre-Val de Loire. Frédéric Robbe, directeur de la Scène des Musiques Actuelles l’Astrolabe, à Orléans, Romuald Requena, actuel programmateur des festivals Sakifo et IOMMA (Île de la Réunion) et Jean-Noël Bigotti, de la FRACA-MA (Réseau des Musiques actuelles en Région Centre) ont découvert l’Inde grâce à une délégation d’élus et de professionnels de la Région, se rendant sur place pour rencontrer leurs homologues dans le Tamil Nadu. Le contact a été établi : la Région Centre a entrepris sa coopération décentralisée à Chennai, et les acteurs culturels ont tissé des liens avec des entités puissantes de la ville, comme The Exodus, lui aussi producteur, ou encore Earthsync. « La difficulté pour les producteurs indiens étaient de savoir comment faire venir les groupes étrangers en Inde », se souvient Fred Robbe. « On leur a donné des pistes mais surtout suggérer de monter cet événement qui, comme le IOMMA le fait à la Réunion, ou comme le MaMA le fait à Paris, permet aux professionnels de construire ensemble des événements à échelle mondiale ».

Interaction avec le public pendant la conférence d'XChange ayant pour thème -Un monde d'arts pluridisciplnaires. Crédits : Earthsync

Interaction avec le public pendant la conférence d’XChange ayant pour thème -Un monde d’arts pluridisciplnaires. Crédits : Earthsync

Quand la magie opère

En ces 27, 28 et 29 novembre 2015, XChange célèbre donc ses quatre ans. Au sein du prestigieux Taj Connemara, complex hôtelier de Chennai, quatre salles et un studio d’enregistrement ont été mis à disposition de l’organisation pour accueillir concerts, workshops et conférences. Les délégations arrivent et les retrouvailles sont chaleureuses. « Je retrouve Sastry, investisseur d’Earthsync, avec qui j’ai extrêmement sympathisé il y a deux ans », raconte Fred Robbe. Cette année, en cette période électorale pour les Régions françaises, les Pays de la Loire et le Centre Val-de Loire, les deux territoires français en coopération avec le Tamil Nadu, ont mobilisé des professionnels et des artistes, bien que les élus ne soient pas présents. Les entités régionales des Musiques Actuelles (Fracama et le Pôle), les artistes (Bobun Fever, Kokomo, Moongaï, Nyna Vallès), les professionnels (Marion Joly, régisseuse, Romuald Requena, Fred Robbe, Anaïs Fotinatos, manageuse, ou encore Stéphane Heuvelin, du VIP à Saint-Nazaire…), ils sont tous là. « C’est important pour nous de comparer nos compétences, d’uniformiser les pratiques de programmations pour faciliter les échanges d’artistes entre nos deux pays », explique Marion Joly, qui anime, pour XChange 2015, un workshop sur l’écriture des fiches techniques. « On tente de multiplier nos concerts en Inde. Dès qu’on peut y aller, on n’hésite pas une seconde », avoue Eva de Moongaï, ici pour présenter son nouveau projet « Opéra » lors d’une conférence.

Le showcase du trio jazz Bobun Fever, venu d’Orléans, pour représenter la Région Centre-Val de Loire

Le showcase du trio jazz Bobun Fever, venu d’Orléans, pour représenter la Région Centre-Val de Loire

Le programme du festival, aussi éclectique que raffiné, permet au public de plonger d’une ambiance indienne traditionnelle à un hip-hop des plus renversants. Des aller-retours entre une musique moderne et une musique carnatique, en rappelant sans cesse que l’exotisme est subjectif. Car si les occidentaux se prennent à s’émerveiller devant Ravi Chary, le joueur de cithare, les orientaux, eux, sont sans voix devant Aldoc, collectif irlandais aux couleurs verdoyantes et celtiques. De son côté, Kokomo, duo rock originaire de Nantes, fait une prestation que les indiens ne risquent pas d’oublier. « Le public local s’est pris une claque. Ils adorent. Je vais absolument les faire tourner en Inde », s’extasie Sonya Mazumdar. Aussitôt, la presse indienne se bouscule et les tourneurs font la queue auprès de Warren et Kevin, les deux membres de Kokomo. « On ne s’attendait pas à autant d’enthousiasme ! », confient-ils. Tulegur, artiste chinois aux allures très rock’n roll, lui, imposera son style inimitable de la Chine profonde sur une maitrise des rythmes et des sons mettant le public à sa merci. Enfin, le trio Bobun Fever, représentant la Région Centre-Val de Loire, proposera un show jazz psychédélique aux allures de ball thaï, aux couleurs des stars à paillettes des années 1970. Revigorant, et pour tout le monde.

Showcase du duo indien Fuzzculture, originaire de New Delhi. Crédits : Earthsync

Showcase du duo indien Fuzzculture, originaire de New Delhi. Crédits : Earthsync

« Everything is possible, nothing is sure »

Si XChange créé des liens, ce n’est qu’une ébauche. Alors que certains projets y prennent racine, d’autres se voient aller aux oubliettes. En effet, la culture, en Inde, ne reste parfois qu’un fantasme. Les pouvoirs publics ne s’y engouffrent pas, et s’y désintéressent même en prônant leur paradoxale soutien « aux musiques », qui sont en réalité traditionnelles, qualifiées même parfois d’ancestrales par les jeunes impulsions marginales des Musiques Actuelles indiennes. Les entreprises culturelles, en prolifération, qu’elles se trouvent à Bombay, Delhi, ou Chennai, font alors cavaliers seuls, se liant d’amitié les unes entre elles mais s’enfonçant dans une logique concurrente féroce et commerciale. Parmi elles, EarthSync. Sonya Mazumdar, à sa tête, œuvre, jour après jour, à la construction culturelle de Chennai, et rêve de sa propre salle de concert. « Pour voir des concerts, il faut aller dans les centres commerciaux ou dans les grands hôtels. Je n’abandonne pas l’idée d’une vraie scène de musique, construit à partir d’une friche, à proximité du centre de la ville », confie-t-elle.

Si pour les artistes, l’Inde semble être un oasis à découvrir, pour les professionnels occidentaux, elle semble être une terre fertile avec des handicaps. Manque de fédérations et de moyens financiers, les initiatives culturelles ne recueillent pas souvent les retombées qu’elles méritent. Néanmoins, au fil des années et des éditions de XChange, les preuves de persévérance et les alliances infaillibles permettent aux peuples de continuer le partage et les échanges. Les acteurs comme EarthSync continuent, coûte que coûte d’y croire. Un jour, l’offre musicale indienne dominera peut-être le monde.

Showcase de l'artiste indienne Lalitha Kalaimamani. Crédits : Earthsync

Showcase de l’artiste indienne Lalitha Kalaimamani. Crédits : Earthsync

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Une réflexion sur “XChange, le monde des possibles

  1. Le festival XCHANGE, créé avec des professionnels de la musique, qui permet de construire des événements à échelle mondiale, m’invite à vous adresser cette requête:

    « Je réside à Orléans, et dans le cadre de la diversité culturelle des musiques du monde, je serais ravie que vous puissiez parler d’un type de musique raffinée, originale (qui monte en puissance) envoûtante et très riche , qui est la musique classique indienne du Rajasthan. Pour cela, je suis en rapport avec un groupe qui n’en est plus à faire ses preuves, depuis 7 générations de musiciens, se déplacent dans le monde entier, et pourraient, si vous en parliez, si vous l’invitiez, nous faire l’honneur et le plaisir d’enrichir à Orléans, notre palette musicale , dans cette région, devenue « Grande Métropole ».

    Je vous remercie par avance de votre attention.

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