La scène indé made in India : « Modern music » et festivals

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En Inde, les festivals ont le vent en poupe. De la musique classique à la musique traditionnelle, en passant par le rock indépendant, mais aussi la musique électronique… ces événements culturels ont réussi à se frayer un chemin pour s’installer aux quatre coins du pays et créer un réel engouement, notamment pour la jeune génération.
Depuis environ cinq ans, la scène musicale indépendante s’impose de plus en plus. Emergence de festivals, création de salles de concerts, export d’artistes indiens à l’international… le marché de la « Modern Music » (équivalent des « Musiques actuelles ») est en pleine effervescence. Sur plus d’un milliard de personnes, près de 50% de la population a moins de 25 ans et s’efforce à s’ouvrir de plus en plus à la culture, les loisirs et notamment les sorties en concert.

La musique, une affaire de privés
La musique, les Indiens en sont fans. Télécharger de la musique sur son téléphone représente un marché si immense qu’il génère des bénéfices comme nulle part ailleurs sur Terre. La musique Bollywood plait tellement qu’elle est un business à elle toute seule (80% de toute la musique écoutée et commercialisée), devant la musique classique (15%) et la musique indépendante (5%).

Sans aucun soutien de la part du gouvernement indien, les festivals ont fait leur nid, peu à peu, jusqu’à devenir de grosses machines drainant un public plus que fidèle. Ils sont surtout… rentables. Alors que certains festivals occidentaux baissent les armes et s’évaporent après des coupures budgétaires drastiques des pouvoirs publics, en Inde, les sponsors (partenaires privés) permettent aux organisations de vivre, et sans pression. C’est le cas du NH7, qui s’est forgé une vraie notoriété au fil des éditions, et qui grâce à ses partenaires, a sa propre société et existe toute l’année. Mais c’est aussi valable pour le Sunburn (Arena), le Sulafest (soutenu par Vero Moda, entre autres) ou encore Indiemarch (aidé par l’application mobile Saavn).  La plus grosse difficulté est de maintenir les partenaires d’une année sur l’autre et de les renouveler souvent pour pouvoir organiser les cinq soirs du festival. « Par exemple, avec les inondations qui ont sévies à Chennai en décembre dernier, certains partenaires ont annulé leur financement à Saarang pour pouvoir donner aux œuvres de charité pour les inondations », raconte Ashish Jha, reponsable des sponsors pour le festival. Le Saarang festival possède notamment des partenaires comme Pepsi, The Times of India, Olacabs, State Bank of India, ou encore Canara Bank.

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Une fréquentation en augmentation
Chaque année, la saison des festivals se déroule d’octobre à mars, puis vient la saison des clubs. Delhi, Mumbai, Bangalore, Calcutta, Pune, mais aussi Jaipur, Chandigarh, Hyderabad, Chennai… chaque ville commence à voir germer en son sein des endroits festifs, où les classes moyennes et supérieures de la population prennent peu à peu leurs quartiers. Public assidu et fidèle, les Indiens sont de très grands fans de musique et n’hésitent pas à se déplacer en concert. Loyal envers le festival ou leur groupe, le public revient d’une année sur l’autre quand il a été satisfait de l’événement. C’est aussi pour cette raison que les budgets des festivals tiennent également beaucoup sur les recettes de billetterie. La fréquentation atteint parfois des records. Cela est dû notamment au nombre d’habitants au kilomètre carré et aux gros événements « moteurs » du marché, comme le NH7 (avec 25 000 personnes) ou encore le Sunburn (avec 1 million de personnes).
La curiosité est l’une des principales qualités indiennes qui sert en positif les festivals. Par exemple, la société The Exodus a choisi d’organiser son festival à la sortie d’un immense centre commercial à Chennai, un samedi soir. Après leur shopping, les familles, les jeunes s’arrêtaient par curiosité devant la scène et finissaient par rester jusqu’à la fin du concert.

La principale difficulté de tous ces événements musicaux à travers le territoire indien est qu’il n’existe pas de référencement ni de statistiques pour évaluer l’état du secteur. De plus, les budgets étant établis selon les sponsors privés, les boites de production d’événements agissent de manière féroce et solitaire sur le marché. Si chacun s’observe attentivement, l’esprit de concurrence est plus que présent et la compétition fait rage, tout au long de l’année, que ça soit pour les tournées d’artistes, l’organisation des festivals ou encore la production de disque. Pour se démarquer, certains festivals font même appel à d’autres prestations que la simple musique live. Par exemple, le festival Covalong organise une compétition de surf en simultanée des concerts, ainsi que des cours de yoga pendant toute la durée de l’événement.

Artistes étrangers, quelles conditions?
Concernant les line-up, tous les festivals ont leur spécificité. Si la majorité des têtes d’affiche sont des groupes Indiens, certains festivals commencent à programmer de plus en plus d’artistes étrangers. Notamment le Saarang festival, festival étudiant se déroulant chaque année sur le campus de l’IIT Madras : « nous profitons d’un programme mis en place par les Ambassades, pour accueillir un groupe étranger en résidence dans les locaux de l’université et les programmer sur le festival. Les frais sont alors pris en charge et cela nous aide beaucoup », explique Ashish. Car, le cachet des artistes est le sujet tabou des boites de production ou salles de concert. « Et ça ne s’améliore pas avec le temps… », avoue Sonya Mazumdar, directrice d’Earthsync, et organisatrice des festivals Covalong et XChange, dans le Tamil Nadu. En effet, la reconnaissance des artistes a du mal à s’imposer primordiale dans les propositions artistiques. Si Earthsync a une base de 100 euros par artiste et pour chaque groupe, lors de ses festivals, CounterCulture, organisateur de Indiemarch à Bangalore, les cachets peuvent atteindre 1 000 000 de roupies pour la tête d’affiche (pour un budget total de festival à 15 millions). Nishit Arora, qui programme régulièrement des artistes dans sa salle Jamsteady, à Kolkata, explique donner 30% aux artistes des recettes totales de la soirée (prix d’entrée et consommations).

Le marché des musiques actuelles en Inde comprend donc de grandes disparités entre les événements touchant à la scène indépendante indienne. Le réseau est étroit, tandis que le nombre de groupes de musique augmente sans cesse. Pour faire venir des artistes étrangers, les producteurs éprouvent des difficultés : le coût des transports est immense et les cachets ne suffisent pas à attirer les groupes internationaux. Heureusement certaines structures, internes ou non aux Institutions étrangères aident souvent les groupes à venir se produire en Inde. Et l’expérience se dit unique.

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